11 - Remontée des affluents sans nom
du 24 au 27 juillet
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C’est à la pagaie que nous entamons cette deuxième partie de notre remontée. Le débit de cet affluent est bien plus important que nos prévisions les plus optimistes. En souvenir d’une Française de Yellowknife qui nous avait offert des saucisses de bison à notre arrivée, nous le baptisons "Marie-Françoise". Un loup nous salue à notre départ. Encore une belle rencontre de plus. Le ciel est bleu, le soleil brille, la "Marie-Françoise" est une rivière à taille humaine, telle un torrent de montagne, avec une eau translucide. Elle serpente entre les eskers à gauche et des plaines d’herbe verte à droite. Nous retrouvons des sensations à l’échelle européenne après les rivières à gros débit que nous venons de passer. |
| C’est une succession de planiols et de rapides. Nous gagnons un maximum de temps sur le plat à la pagaie. Dans les rapides, nous marchons dans l’eau en tirant les bateaux. Il faut parfois utiliser la cordelle quand le courant est trop fort. Le dénivelé nous oblige aussi à nous mettre à 4 sur un canoë sur certains passages pour passer des marches ou des dalles. En nous retournant, nous pouvons voir l’ampleur de l’effort accompli. Nous grimpons mètre après mètre vers le sommet de cette étape, 260 mètres au dessus du niveau de la mer. |
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Les bateaux souffrent aussi, ils frottent sur les rochers. Ils se déforment à chaque pierre mais tiennent bons. Nous devons les ménager jusqu’au bout, c’est notre seul moyen de rejoindre Kugaaruk. Le soir nous profitons du beau temps pour admirer les paysages et savourer le silence de la Toundra. Nous ne nous lasserons jamais de cette sensation d’être au bon endroit et de vivre pleinement l’aventure. Nous sentons la fin appprocher, sans encore oser crier victoire et déjà nos têtes sont pleines de souvenirs. Ce sont les émotions et les frissons qui vont rester. Les photos seront là pour témoigner. Comment va-t-on faire pour partager tout ça à notre retour, faire ressentir la dimension de la situation ?… Il y a forcément une partie de l’expérience qui restera uniquement entre nous, et c’est très bien ainsi ! |
| Apres un peu plus de 36 heures sur la "Marie-Françoise" River, nous arrivons sur un lac qui est notre point de bifurcation. Nous sommes ravis d’être là. Nous pensions passer 4 jours sur la "Marie-Françoise" river et nous voilà déjà aux portes de la bien nommée : Upper "Marie-Françoise" river ! Le vent s’est levé, le ciel devient gris et le débit de ce nouvel affluent est bien plus faible. Nous passons le premier petit rapide qui ressemble plus à un champ de cailloux mais pour le second, il faut nous rendre à l’évidence, nous devons porter. Depuis le début de notre remontée (depuis la Back), c’est le premier portage. Nous nous organisons au mieux pour ne faire que 3 voyages et posons le camp une fois tout le matériel amené. |
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Le moral n’est pas au top. La fatigue est bien présente. Le site de bivouac s’apparente plus à une éponge géante qu’à un spot de camping. Le temps est gris et froid. Et pour compléter le tout, la journée du lendemain s’annonce très dure avec du portage sur 2 kilomètres pour commencer. Vous allez arrêter de vous plaindre maudits français ! |
| Mais Le lendemain toute la journée, nous enchaînons les bonnes surprises. Upper "Marie-Françoise" river se pagaie bien sur le plat et les rapides se remontent très bien en marchant au fond de la rivière. Nous bivouaquons près d’un petit lac dans un endroit paradisiaque. Toutes les conditions sont réunies pour passer une belle soirée. La butte locale sur laquelle nous faisons notre ballade du soir domine une Toundra vierge de tout passage. Rares sont les gens à avoir vu cette partie du monde à cette époque de l’année. Nous en profitons pleinement. Aucune trace de passage ? Pas vraiment, les sentes de Caribous sont bien la, et deux d’entre eux passent juste à côté de nous en suivant ce chemin de migration. |
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Nous avons beaucoup souffert de la glace au départ mais aujourd’hui nous récoltons le fruit de nos efforts. Du fait de la saison tardive, la glace est génante mais en contrepartie les niveaux d’eau sont bien plus élevés que prévus. Nous profitons de tout ça pour remonter l’ensemble de ce deuxième affluent en seulement trois portages. Nous avons fait un choix de route qui nous amène droit vers un portage de 2 km avant deux autres portages vers la ligne de partage des eaux. Nous y serons sûrement demain dans la journée ! Et non, encore une preuve du pessimisme français. Le portage de 2km le long d’un minuscule ruisseau se révèle en fait être un portage de 50 mètres puis 1.95 kilomètres de navigation sur un micro canal, construit par la nature juste pour nous. |
| C’est donc en milieu d’après midi que nous arrivons à cette ligne magique de partage des eaux. Désormais, chaque goutte qui nous accompagne descend droit vers Pelly Bay, face à Kugaaruk. Nous sommes au sommet de cette dernière étape, les deux pieds, les deux mains dans une boue collante et nauséabonde mais un sourire d’une oreille à l’autre ! |
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Fin du chapitre 11
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